En 1998, le constructeur français Peugeot, qui venait d'installer une usine au Brésil,
proposait aux autorités de ce pays de reboiser un terrain de 2 200 hectares appartenant à la fazenda brésilienne Sao Nicolau,
située en bordure du rio Juruena, pour y mener une expérience s'inscrivant dans la lutte contre les émissions de gaz à
effet de serre. Ce projet pilote, financé à hauteur de 10 millions de dollars (8,3 millions d'euros) par Peugeot S.A,
est réalisé par l'Office national des forêts français (ONF), avec la participation de plusieurs organismes brésiliens et
de l'université fédérale du Mato Grosso. Il emploie 20 personnes ainsi que 50 à 100 travailleurs saisonniers,
et a pour objectif de reboiser les anciens pâturages avec 2,2 millions d'arbres appartenant à 40 espèces différentes.
De manière à ce que ces plantes capturent en quelques dizaines d'années un peu plus de
7 millions de tonnes de dioxyde de carbone (dit communément gaz carbonique) soit 2 millions de tonnes de carbone.
En effet lors de la photosynthèse, les végétaux transforment le dioxyde de carbone en matière
organique végétale. En pleine croissance, les jeunes arbres prélèvent dans l'atmosphère plus de
dioxyde de carbone qu'ils n'en rejettent. D'où l'idée d'utiliser les forêts comme "puits de carbone"
pour capturer le gaz carbonique présent en excès dans l'atmosphère. Il existe une vingtaine de puits
de carbone forestiers dans le monde, répartis principalement dans la zone tropicale, car c'est là que la capacité d'absorption des arbres
est la plus importante.
Cependant, l'effet de stockage des arbres devient nul lorsque la majorité de ces derniers ne croît plus,
et il peut même s'inverser lorsque la forêt brûle ou se décompose, car dans ces cas elle libère alors une grande
quantité du carbone qu'elle recelait. Pour y remédier, il faut éviter les incendies, planter les arbres ayant une
forte capacité de stockage, et exploiter le bois sous forme de papier, de meubles, de charpentes. Pour mémoire,
un arbre entier comporte 20 % d'atomes de carbone, et le bois seul 50 %.
Petit à petit, le reboisement prend forme à la fazenda, et les plants les plus anciens,
qui ont d'abord poussé dans une pépinière située à l'écart, atteignent plusieurs mètres de hauteur.
Les animaux réapparaissent : oiseaux, insectes, rongeurs, papillons, grenouilles, cochons sauvages, loutres,
panthères, tapirs et serpents.
Le projet pilote est aussi une forêt laboratoire qui mobilise une trentaine de chercheurs
français, brésiliens et américains. Des mesures précises sur la fixation du carbone par la
végétation y sont effectuées au moyen de capteurs installés sur une tour surmontant de dix
mètres la cime des arbres. Cette tour fait partie d'un programme européen de recherche sur les
flux de carbone en Amazonie nommé Large Biosphere Experiment in Amazonia, qui a installé 17 tours dans le bassin amazonien.
A l'heure où l'on s'inquiète de plus en plus des conséquences de l'effet de serre engendré par
le dioxyde de carbone atmosphérique sur le climat terrestre ce type d'initiative lancée au départ
par une entreprise privée est bienvenue.